Première séance de psychothérapie : à quoi s’attendre ? Entretien avec Emmanuelle Galy
Pousser pour la première fois la porte d’un cabinet de psychothérapie est souvent un pas important. Que se passe-t-il de l’autre côté de la porte ? Emmanuelle Galy, Gestalt-thérapeute à Paris 14e, exerce depuis plus de dix ans. Elle a accepté de répondre à nos questions.

Le premier moment : appréhension et élan
Quelqu’un pousse pour la première fois la porte de votre cabinet. Que se passe-t-il pour vous dans ces premières minutes ?
C’est un moment d’appréhension et d’excitation. Appréhension parce qu’il y a de l’inattendu, de la nouveauté, de l’inconnu. Excitation parce que je me réjouis d’accueillir une nouvelle personne.
L’appréhension, un peu de stress, l’angoisse même : c’est une des faces d’une même pièce. De l’autre côté il y a l’excitation : l’élan, l’envie d’aller vers. Que les deux soient mêlés, c’est tout à fait normal. Cela peut paraître paradoxal. C’est pourtant vraiment ce que je vis à chaque fois.
Et la personne qui entre vit sans doute la même chose. Comment l’accueillez-vous ?
J’essaie d’abord d’être posée moi-même. Parfois je dis simplement qu’il pourrait y avoir un peu d’appréhension. Je sais qu’elle est un peu la mienne, un peu celle de l’autre et qu’elle est présente entre nous.
Je suis souriante et tranquille. Je propose à la personne de commencer : qu’est-ce qui l’amène ici ? Parfois c’est difficile. Alors je laisse du silence. Une émotion est là : je l’accueille tranquillement. Il arrive qu’on pleure dès les premières minutes ou au contraire que les mots arrivent en flot.
Je préviens aussi que ce sera un temps d’échange : je prendrai le temps d’expliquer le cadre et ma façon de travailler. Ce sera vraiment une interaction : on peut me poser toutes les questions. Poser un cadre clair, c’est rassurant.
Un travail d’artisan
Vous parlez de ce qui est « présent entre nous ». Qu’est-ce qui se joue dans cet espace ?
Pour moi la psychothérapie (et particulièrement la Gestalt-thérapie) peut être un processus créatif. On a une idée en tête mais il s’agit surtout de se laisser surprendre par ce qui arrive entre nous. Comme un artiste devant sa toile : une couleur réagit autrement que prévu, la main fait un mouvement inattendu et le motif change. On se laisse prendre par le processus.
En séance j’essaie de rester en contact avec le concret, l’ici et maintenant. Je ne me sens pas seule responsable de ce qui se passe : tout fait partie du processus. Même un bruit dans la rue peut venir modifier ou éclairer ce qui est en train de se dire.
Vous évoquez souvent l’art aborigène. Quel lien faites-vous avec votre métier ?
J’aime cet art souvent réalisé assis à même le sol, dans une vraie connexion à la terre. En regardant ces peintures on peut avoir l’impression de formes simples, presque rudimentaires. C’est souvent un préjugé.
Le lien que je fais est celui-ci : en allemand, gestalten veut dire « donner forme ». Mon objectif est de trouver la forme de la séance puis la forme du parcours thérapeutique. Atteindre une forme épurée et très claire autour d’un axe de travail qui devient le pivot de la thérapie.
D’ailleurs quand les fondateurs de la Gestalt-thérapie cherchaient un nom pour leur méthode, ils ont pensé à « thérapie de la concentration ». Derrière ce mot il y a l’idée de concentrer son attention, qui vient aussi de la méditation. Il y a aussi celle de chercher une forme claire et épurée.
Cela prend du temps. C’est pour cela que l’on se voit chaque semaine. Chaque séance est comme un point. En reliant ces points les uns aux autres, des figures apparaissent. À un moment donné une forme se dessine. Comme dans l’art aborigène : des points, des traits et peu à peu une forme.
Souvent je compare mon métier à celui d’un artisan. On pourrait croire qu’il n’y a pas grand-chose comme outils. C’est faux, mais ils ne se voient pas. C’est un travail de dentelle.
Quels sont-ils, ces outils invisibles ?
J’observe beaucoup. Une respiration qui s’arrête, un mouvement sur le canapé, la manière de poser ses affaires ou son manteau : tout cela donne des informations, tout cela colore l’espace.
Je regarde aussi si ce que la personne dit et ce que montre son corps vont dans le même sens. Quand ce n’est pas le cas il suffit parfois de nommer simplement ce décalage pour que quelque chose se dévoile (une gêne par exemple) et que l’on puisse en parler.
On pourrait croire que c’est simple. En réalité cela demande une grande attention : à ce que je vois, à ce que la personne exprime avec ou sans les mots, à ce que cela me fait à moi. C’est une écoute fine de nos deux corps.
Ce qui se passe en moi
Quand vous sentez une tension en vous, comment faites-vous la part entre ce qui vous appartient et ce qui vient de l’autre ?
Avec le temps je me rends compte que la plupart du temps ce que je ressens en séance ne m’appartient pas. Alors je le dépose au centre de la pièce : « Tiens, il pourrait y avoir de l’angoisse ici… de la crispation… de la colère. »
L’idée est de ne pas me laisser emporter par la situation. Les émotions difficiles peuvent venir se loger dans mon ventre : je peux me sentir crispée alors que c’est la personne en face qui est très angoissée. C’est un vrai travail, même après des années de pratique. Nommer ce que je perçois avec douceur et le remettre entre la personne et moi lui permet de s’en saisir. Cela lui revient.
Comment prenez-vous soin de vous pour rester disponible ?
Je prends un temps de méditation ou de respiration avant de commencer mes séances. Je prends soin de mon corps et de mon équilibre. Et surtout je suis moi-même accompagnée : je vais régulièrement en supervision et en thérapie personnelle. C’est essentiel.
Vous dites que cette année vous osez davantage en séance. D’où vient ce changement ?
J’ai choisi d’alléger mon rythme avec moins de rendez-vous par jour. J’ai aussi arrêté l’agenda en ligne : je préfère échanger avec chaque personne avant un premier rendez-vous, prendre le temps d’entendre sa demande avant de dire oui.
L’expérience joue aussi : je pose plus clairement le cadre et les limites quand il le faut. Et j’ai moi-même poursuivi mon propre travail. Je me suis allégée. En séance je me sens plus légère, plus en joie, plus présente. Cela me permet d’oser davantage.
Est-ce que c’est pour moi ?
À quelqu’un qui hésite depuis longtemps à consulter, que diriez-vous ?
Si j’étais à la place de quelqu’un qui envisage ce voyage, cette aventure qu’est une psychothérapie, je me poserais deux questions.
La première : est-ce que j’ose m’avouer que je souffre, qu’il y a quelque chose qui ne va pas ?
La seconde : est-ce que je veux que ça change ? Qu’est-ce que je suis prêt à changer dans ma vie ?
Si je réponds oui aux deux alors je décroche mon téléphone.
Emmanuelle Galy reçoit en séances individuelles une fois par semaine dans son cabinet du 32 rue Rémy Dumoncel, Paris 14e (métro Mouton-Duvernet). Pour un premier échange : 06 70 73 66 39 ou le formulaire de contact.


