La peur de s’engager en thérapie. Entretien avec Emmanuelle Galy
Avant de commencer une psychothérapie, on hésite souvent longtemps. Peur de l’inconnu, peur de s’engager, peur que cela ne serve à rien. Emmanuelle Galy, Gestalt-thérapeute à Paris 14e, s’est mise à la place de celles et ceux qui hésitent. Elle a accepté de répondre à nos questions.

Le trac avant d’entrer en scène
Quelqu’un vous appelle et vous dit : « J’ai peur. Je ne connais pas du tout la thérapie et je ne sais pas ce que ça va m’apporter. » Que lui répondez-vous ?
Que c’est normal. Rencontrer quelqu’un de nouveau dans un lieu nouveau et se dévoiler devant lui, cela impressionne forcément. Mais quand on a peur, on est souvent aussi porté par cette nouveauté. Si l’on vient en thérapie, c’est qu’on en a envie et qu’on en a besoin.
Je pense au comédien juste avant de monter sur scène. Il a le trac. Puis il passe le rideau, il se retrouve sous les projecteurs et quelque chose se met en route. Le plus dur, c’est de franchir cet obstacle.
Comment le franchir, justement ?
On peut prendre son courage à deux mains. Plus facile à dire qu’à faire ! J’aime le dire plus doucement : venir avec sa peur. La prendre par la main et pousser avec elle la porte du cabinet.
On peut même dire sa peur en arrivant. D’abord se dire à soi-même « j’ai peur ». Je crois que c’est fondamental. Puis la déposer dès le début de la séance. C’est ce que l’on conseille à ceux qui ont le trac avant de parler en public : commencer par dire à la salle « j’ai peur, je suis intimidée, c’est impressionnant ». C’est la même chose quand on entre dans mon cabinet ou qu’on ose m’appeler pour la première fois.
Sur ces premières minutes, j’en dis davantage dans l’entretien Première séance de psychothérapie : à quoi s’attendre ?
La peur de s’engager
Au-delà de cette première peur, qu’entendez-vous le plus souvent ?
La peur de l’engagement. Elle se dit avec des phrases comme « Oh, ça va durer longtemps ! » « Il faut venir toutes les semaines ? » « Je ne sais pas si j’en suis capable. » « J’ai d’autres projets en cours. Il va falloir prioriser. » « Je n’aurai plus rien à dire au bout d’un moment. »
Alors je rassure. Vous venez avec une intention, un projet qui vous appartient. Nous allons vous aider à cet endroit-là. Nous allons surtout travailler progressivement, étape par étape.
Voir un psychologue ponctuellement, c’est autre chose. On vient avec une question. On a besoin d’un avis ou d’un conseil, parfois d’être orienté vers un médecin ou vers une psychothérapie. Parler à quelqu’un fait déjà du bien. La psychothérapie, elle, demande de prendre son temps. D’être patient avec soi.
Pourquoi faut-il autant de temps ?
Parce que le corps et le psychisme se défendent beaucoup. Ils se protègent. On croit souvent qu’il suffit de comprendre une situation ou une relation et de mettre des mots dessus. Ce n’est pas assez. L’angoisse, le sentiment de ne pas être légitime, le manque de confiance se logent dans le corps : dans des tensions, des crispations, des douleurs. Or le temps du corps n’est pas du tout celui de la compréhension. C’est la même chose pour les émotions.
Dans mon cabinet, les personnes restent en moyenne deux ans et demi ou trois ans. Parfois moins, parfois beaucoup plus.
Le temps du corps
Concrètement, comment travaille-t-on avec le corps ?
En séance nous pouvons faire des expérimentations. Ce ne sont pas des exercices. Nous allons par exemple rejoindre l’angoisse là où elle se trouve, dans le corps, pour transformer peu à peu les sensations désagréables en sensations plus agréables.
Prenons quelqu’un qui aimerait rester tranquille et serein face à une personne qui l’intimide. Le jour où il y parvient en séance, c’est précieux. Mais une fois ne suffit pas. Il faut y revenir encore et encore, comme de la musculation. Je dis parfois aussi qu’il faut consolider, jusqu’à ce que le corps ressente vraiment cette sérénité et qu’elle s’installe.
Pour cela j’utilise parfois l’EMDR ou la thérapie MOSAIC®. Leurs stimulations bilatérales alternées aident cette sensation sereine à s’installer pour de bon dans le corps. Ce sont des outils au service de la thérapie et de ce qui émerge en séance. Je ne les propose jamais seuls en protocole court de quelques séances : mon travail s’inscrit dans la durée. J’en parle plus longuement sur la page EMDR et MOSAIC® en psychothérapie.
Cela suppose aussi beaucoup de confiance.
Énormément. On peut se dire assez vite « j’aime bien la thérapie, j’aime bien mon thérapeute ». Mais le corps, lui, a besoin de beaucoup plus de temps pour faire confiance à l’autre comme pour se faire confiance à lui-même.
La première année : ouvrir des boîtes
Vous dites souvent que le travail en profondeur commence au bout d’un an. Que se passe-t-il avant ?
Il se passe déjà beaucoup de choses ! Souvent, bien des choses vont mieux. On travaille d’abord la partie visible de l’iceberg : « Où j’en suis avec mon conjoint, avec ma mère, avec mes enfants, avec le monde professionnel ? » Le simple fait de parler, de nommer, de raconter à quelqu’un d’autre permet de traiter les premiers sujets.
On ouvre beaucoup de boîtes pendant cette première année. Peu à peu un tableau se dessine : comment je me connais, comment je me découvre, comment je parle de moi. Un paysage de mes relations apparaît autour de moi. Cette clarté fait déjà beaucoup de bien. Souvent on a aussi commencé à travailler ses limites, les plus faciles d’abord.
Ensuite vient le travail du corps et des émotions. C’est là que commence le travail en profondeur.
Quand la thérapie patine
Il y a sûrement des moments de doute en cours de route.
Oui et c’est normal. Il y a des moments où la thérapie patine. On a l’impression d’avoir ouvert des choses sans être allé au bout. Ce sont pourtant souvent des moments très féconds, dès que la personne ose le dire. Car cela veut dire qu’elle ressent et qu’elle prend conscience. D’un coup elle se met à exister devant moi. Elle ose nommer, elle ose s’affirmer.
Et que faites-vous ensemble à ce moment-là ?
Mon travail est de rester toujours consciente du processus. Comme si je regardais aussi à côté, en observatrice de ce qui se passe entre nous. En général je le sens moi aussi. Le dire relance la thérapie. Nous revoyons nos objectifs. Souvent quelque chose de profond se débloque à ce moment-là, grâce à cet échange et un autre sujet apparaît. L’important, c’est d’en parler. Vous pouvez compter sur moi : je suis très active et très engagée, moi aussi, pour que votre thérapie avance. Mon rôle est aussi de nommer quand ça patine.
Savoir s’arrêter
Et si ce n’était pas le bon chemin ?
Cela arrive. Parfois la Gestalt-thérapie n’est pas adaptée ou ce travail de fond n’est pas ce que la personne cherche. Les trois premières séances permettent souvent de le savoir, parfois les six premières.
Parfois aussi il y a tant d’attentes ou tant de souffrance qu’il faut d’abord voir un médecin ou un psychiatre. Pour un traitement ou pour nommer la difficulté d’un point de vue médical. Nous sommes longuement formés en psychopathologie. Nous n’avons pas le droit de poser un diagnostic mais c’est notre devoir de réorienter quand une psychothérapie n’est pas la bonne réponse.
Il arrive aussi qu’on s’arrête, tout simplement. Pour mille raisons. On a rencontré quelqu’un ou on a changé de travail et ça va mieux. On a plutôt envie de faire du sport. On sent qu’on reviendra plus tard. Tout est entendable. La personne est libre. Je suis libre moi aussi de dire stop. C’est même mon devoir de le dire si je sens que la Gestalt-thérapie ou la psychothérapie en général n’est pas adaptée.
Plus léger, plus solide
Au bout de deux ou trois ans, qu’est-ce qui a changé pour les personnes ?
Il y a des mots que j’entends très souvent dans mon cabinet quand la thérapie arrive à sa fin ou quand le patient a décidé d’arrêter parce qu’il se sent mieux. « Je me sens plus léger. » « Je me sens plus légère. » « Je me sens plus solide. »
Ou encore cette phrase : « La vie est toujours difficile. Mais je la vis différemment à l’intérieur de moi. »
Avant de décrocher le téléphone
Qu’aimeriez-vous que la personne sache, juste avant de vous appeler ?
Qu’elle sera bien accueillie. Que de mon côté cet appel est encadré et prévu. Qu’en même temps je suis disponible pour entendre ce que la personne a à me dire.
Je dirai à cette personne que c’est courageux de venir en thérapie et que cela en vaut la peine.
La thérapie n’est pas le seul moyen d’aller mieux mais c’en est un. Je le sais pour l’avoir vécu : elle m’a beaucoup aidée. Plus encore, elle m’a fait grandir. Elle m’a soutenue et m’a fait avancer dans la connaissance de moi-même. Elle me soutient toujours dans mes relations, qui changent sans cesse et sont parfois dures. Elle donne des outils pour oser tenir, affronter, exister. Sans blesser mais en restant solide.
Emmanuelle Galy reçoit en séances individuelles dans son cabinet du 32 rue Rémy Dumoncel, Paris 14e (métro Mouton-Duvernet). Pour un premier échange : 06 70 73 66 39 ou le formulaire de contact.


